3.06 – L’horlogerie danoise

Dernière révision : 2022-09-19 @ 11:37

3.06.1 – Les grands moments de l’horlogerie danoise

Les horloges de parquet longues sont appelées Bornholm au Danemark, du nom de l’Île sur la Mer Baltique, où elles ont été fabriquées de 1745 au début du 20e s. L’histoire veut que la production de ce type d’horloges ait débuté après l’échouement d’un navire sur les côtes de l’Île de Bornholm, avec à son bord une cargaison d’horloges de parquet venant du Royaume-Uni. On confia celles-ci à un tourneur, Poul Ottesen Arboe de Rønne, pour les remettre en ordre. Ce faisant, il en apprit assez pour se mettre à fabriquer des horloges de parquet. C’est ainsi qu’est née l’horlogerie au Danemark.

3.06.2 – Quelques grands horlogers danois

KESSELLS, Henrich Johann

Henrich Johann Kessells (1781-1849) est né d’une grande famille d’artistes hollandais, à Maastricht. Il a d’abord fait un apprentissage comme forgeron, puis comme horloger à Altona en 1807, territoire danois situé alors près de Hambourg. De 1815 à 1821, il s’installe à Paris et travaille auprès de Abraham Louis Breguet. Il y travaillera sur plus de 140 montres et horloges, incluant la fameuse « Montre de poche Marie-Antoinette » de Breguet dont il fabriquera la partie chronométrique. Puis, après un séjour à Londres auprès des frères Muston, il reviendra à Altona en 1823 où il se spécialisera dans la fabrication de chronomètres et de pendules astronomiques de précision grâce à l’appui du roi Frederik VI du Danemark. Il travaillera notamment avec l’astronome Heinrich Christian Schumacher (1780-1850) à l’Observatoire d’Altona. En 1827, il est fait chevalier de l’ordre des Daneborg. En 1830, il devient officiellement citoyen du Danemark. En 1831, il sera admis à la Société Royale des Sciences de Stockholm à titre de membre étranger. Il est mort du choléra près de Bristol au Royaume-Uni en 1849.

KRATZENSTEIN, Georg

On doit à Georg Kratzenstein, horloger de Copenhague au 18e siècle, un article sur une horloge fonctionnant selon les variations de température grâce à quatre tiges de quatre pieds en alliage d’étain et de cuivre dans une proportion de trois parties pour une, qui varient en longueur, connectées par des leviers. Le dernier levier est relié à un pinion qui remonte l’horloge. La précision était telle que le mouvement produisait une action combinée de 1/6e à 1 pouce pour un changement de 5 degrés (Smith, Ed., 1988).

KYHL, Henrik

Henrik Kyhl (1793-1866) est né à Ølstykke d’un père fabricant de roues. Il a fait son apprentissage d’horloger à Copenhague. En 1818, il ouvre un atelier spécialisé dans les horloges de tour dont il perfectionnera la mécanique au cours des ans. Il fera aussi beaucoup de politique municipale.

MATHIESEN, Peter

Peter Mathiesen (1696–1768) est né à Dollerup. Il a travaillé auprès d’un horloger du nom de Christian Christensen à Hillerød en 1724, année où il a été accepté à la Smiths’ Guild sans avoir rempli toutes les exigences. Il établit son atelier à Copenhague sur la Vimmelskaftet qui deviendra la plus grosse entreprise horlogère du Danemark dans les années 1729 à 1754. En 1755, il est co-fondateur de la Guilde des horlogers de Copenhague où il sera membre du Conseil de 1758 à 1760. La spécialité de Mathiesen, ce sont les horloges de parquet et les grandes horloges de clochers et de tours. Il sera d’ailleurs chargé d’entretenir deux grandes horloges des palais royaux.

OLSEN, Jens

Jens Olsen (1872-1945) est né à Ribe au Danemark d’un père tisserand. Ce dernier voulait en faire un serrurier. Depuis son tout jeune âge, il s’intéresse aux objets mécaniques et particulièrement aux horloges. Après un apprentissage en serrurerie selon le désir de son père, Jens continue à s’intéresser aux horloges. Il rêve de réparer l’horloge défectueuse du poète danois J. C. Hauch. Et surtout, il rêve de construire une horloge multiple capable de donner l’heure mais aussi la rotation des planètes. En 1897, il déménage à Strasbourg où il est fasciné par l’horloge de la Cathédrale de granit rose. Puis, il va en Suisse où il décide de se consacrer entièrement à l’horlogerie. Par la suite, après un séjour de 18 mois à Paris et de 5 mois à Londres, il rentre au Danemark comme superintendant de l’établissement de Cornelius Knudsen. Au même moment, il a son propre atelier dans la demeure où il s’est installé en 1805 avec sa nouvelle épouse. À 50 ans, il complète les calculs pour l’horloge sidérale qu’il rêve toujours de construire, et les soumet à une sommité dans le domaine qui les approuve. Il lui faudra 20 ans pour réunir les fonds pour construire son horloge. En 1943, le Danemark est sous occupation allemande, mais l’Institut de technologie de Copenhague met à sa disposition un atelier. Malheureusement, il meurt en 1945 sans avoir terminé son horloge. Cependant, son collègue de travail, Otto Mortensen, mettra 10 années à la terminer et à préparer la documentation qui sera publiée en 1957. Depuis son démarrage le 15 décembre 1955, elle est toujours en fonction. Elle est considérée comme l’une des horloges mécaniques les plus précises au monde.

RADELOFF, Niclaus

Nicklaus Radeloff a vécu au 17e siècle. Il était dans l’horlogerie de précision juste avant l’apparition du pendule. Il a perfectionné le battement croisé (cross-beat) grâce à de longs bras très flexibles qui absorbaient les chocs. Il a aussi proposé d’utiliser des boules roulant sur une pente descendante qui activaient une cage rotative pour ainsi produire une force constante. Une horloge de Radeloff selon ces principes ferait partie de la collection du Musée national de Copenhague.

ROEMER, Olaf

Roemer (1644-1710) fut le premier à promouvoir l’usage de dents épicycloïdales pour les roues d’horloge et cycloïdales pour les roues de couronne. Christian Huygens était au courant des travaux de Radeloff puisqu’il a fait allusion à ses travaux en parlant des roues de Radeloff dans un exposé.

TVITSMAN, Mette Magrete

Mette Magrete Tvitsman (1741-1827), fille du forgeron-horloger Christen Jensen (1703-1781), épouse de Johan Ahlert Tvitsman, lui-même horloger, fut la première femme à créer des horloges au Danemark. Elle en a produit plusieurs dont une trentaine ont été préservées.

3.06.3 – Les manufacturiers d’horloges danois

La production artisanale d’horloges de parquet longues Bornholm a pris un tel essor que les fabricants d’horloges de la capitale Copenhagen se sont plaint du trop grand nombre d’horloges Bornholm sur leur marché. Cette fabrication artisanale improvisée s’est éteinte vers la fin du 19e siècle avec l’arrivée sur le marché d’horloges de la Forêt noire, de France et d’Amérique fabriquées à la chaîne. Néanmoins, quelques artisans horlogers ont fait leur marque.

(JØRGEN) JØRGENSEN

Jørgensen (1745-1811), est né à Copenhague d’une famille de serviteurs de Adelgade. Il a appris son métier d’horloger auprès de Johan Jacob Lincke dont il a été l’apprenti de de 1759 à 1765. Puis il a perfectionné son art au cours de voyages à travers l’Europe de 1766 à 1772, En 1768, il est à Le Locle en Suisse et travaille avec J. F. Houriet. Puis il séjourne dans des contrées allemandes où il a même germanisé son nom en l’écrivant Jürgen Jürgensen, nom de famille qui est resté par la suite. À son retour au Danemark il a mis sur pied une entreprise horlogère en 1773. En 1781, avec son partenaire Larpent, il fabrique des montres de poche de belle qualité. En 1784, il devient horloger de la cour du roi Fredrik VI.

(URBAN) JÜRGENSEN

Fils aîné de Jürgen, Urban Jürgensen (1776-1830) a, comme son père, parcouru l’Europe pour apprendre le métier d’horloger. En 1797, il étudie l’horlogerie de précision auprès de Frédéric Houriet à Le Locle en Suisse. En 1798, il introduit l’échappement cylindrique en acier. Il étudiera aussi avec Abraham-Louis Breguet et Ferdinand Berthoud lors d’un séjour à Paris, et avec Arnold à Londres en 1799 où il est attiré par la fabrication de chronomètres dont les Anglais étaient à l’époque devenus spécialistes. Puis il retourne en Suisse où il s’est marié en 1801. La même année, il introduit un thermomètre bimétallique. Puis à la fin de cette année-là, il retourne vivre au Danemark où il est devenu un rouage important de l’industrie horlogère danoise. Il y resta 2 ans avant de retourner en Suisse pour deux ans. Durant cette période, il reçut plusieurs honneurs et il eut un fils né en Suisse, Jules Frederik. En 1804, il publie General principles concerning timekeeping by clocks and watches. De retour au Danemark, prend la direction de la compagnie de son père qui décédera deux ans plus tard. En 1811, il crée sa propre compagnie qui va se spécialiser dans les chronomètres et les instruments de précision et d’observation. En 1815, il est admis à l’Académie des sciences du Danemark. En 1822, il annonce un chronomètre à échappement à deux roues détachées. En 1824, il est fait Chevalier de l’ordre des Daneborg. Au cours de sa carrière, il a expérimenté plusieurs types de balanciers faits de laiton et de platine, et a proposé l’utilisation de l’or pour les balanciers des chronomètres marins dont il a fabriqué plusieurs exemplaires pour la marine danoise.

(URBAN) JÜRGENSEN & SØNNER – ► JULES JÜRGENSEN COPENGAHEN

À la mort de Urban en 1830, ses deux fils Louis Urban et Jules prennent la relève sous le nom de Urban Jürgensen & Sonner. Jules Frederik Jürgensen (1808-1877) est né à Genève en Suisse. Ce fils de Urban a pris la direction du commerce de son père au Danemark pendant que son frère aîné parcourait le monde comme son père. Jules Frederik fera éventuellement de même en commençant par le Royaume-Uni qui était en plein développement du balancier à ressort. De 1834 à 1836, Jules introduit l’horlogerie de précision et améliore la qualité de fabrication de montres et chronomètres à l’usine de Le Locle dans le Canton de Neuchâtel où il s’est établi et marié. En 1836, la compagnie devenue Jules Jürgensen Copenhagen reçoit la Grande Médaille à l’exposition industrielle de Copenhague. En 1852, son frère Louis Urban reçoit deux médailles pour la réinvention du chronomètre à la Grande exposition de Londres. La suite de l’histoire se passe en Suisse où la compagnie existe toujours. Elle est établie à Bienne dans de nouveaux quartiers aux charmes et design danois.

(LAURITZ) KNUDSEN

Le site suivant en danois qui comporte une vidéo, aussi en danois, fournit des informations historiques sur le parcours de Lauritz Knudsen : Vores historie : En spændende udvikling – Lauritz Knudsen (lk.dk). Voici ce qui est écrit : « Lauritz Knudsen – fondateur de la société du même nom – a quitté Odense en 1893 et s’est établi à Copenhague comme fabricant de chronomètres. Mais Lauritz Knudsen s’est vite rendu compte que l’électricité changerait radicalement la société, et il s’est concentré très tôt au développement et à la production d’équipements électriques. À moment-là, c’est le principal secteur d’activité de la Lauritz Knudsen (connue également sous LK). La vidéo montre l’homme et l’entreprise Lauritz Knudsen, et son développement passionnant jusqu’à ce jour. En même temps, il donne un bon aperçu des énormes progrès qui ont prévalu au Danemark et dans le monde entier au début du 20e siècle. Lauritz Knudsen est mort en 1917. Il a laissé derrière lui une entreprise florissante avec plusieurs centaines d’employés. À cette époque, la société a été transformée en une société à responsabilité limitée. Elle a décidé de construire une nouvelle grande usine à l’extérieur de la ville, sur un champ de culture de choux sur Haraldsgade, Østerbro.
En 1921, Lauritz Knudsen a inauguré sa nouvelle usine à Haraldsgade. Elle est devenue une véritable institution dans le monde des entreprises danoises. À un moment donné, Lauritz Knudsen employait plus de 4000 employés. La période allant jusqu’à la fin des années 1960 a également été caractérisée par un développement expansionniste de produits. Lauritz Knudsen a manufacturé presque tout ce qui fonctionne à l’électricité – des fers à repasser, des radios, des haut-parleurs, des cuisinières électriques, des montres électriques, des compteurs d’électricité, des panneaux de distribution électriques, et de l’équipement à haute tension.
En 1968, Lauritz Knudsen a fusionné avec son principal concurrent sur le marché danois, la société NES de Valby, et elle a changé son nom pour LK-NES. L’ajout NES a été supprimé plus tard, mais il est toujours présent dans l’esprit de nombreux Danois.
En 1986, Lauritz Knudsen a déménagé à l’extérieur de la ville une fois de plus, cette fois au parc industriel de Ballerup où l’entreprise a établi son siège social actuel. Au cours de la même période, Lauritz Knudsen a une usine de production à Ballerup et une usine d’assemblage à Sorø.
En 1990, le groupe danois NKT reprend Lauritz Knudsen, et il établit une nouvelle stratégie internationale.
En 1995, avec le désir de renforcer sa position en tant que l’un des principaux producteurs d’équipements électriques en Europe, Lauritz Knudsen a fusionné avec la division d’équipements électriques du groupe finlandais Ahlstrøm, pour former le groupe électrique Lexel A/S à participation égale danoise et finlandaise
En 1999, Lexel s’est joint au groupe énergétique français Schneider Electric en tant que groupe indépendant.
En 2000, Lauritz Knudsen a ouvert une nouvelle fabrique à Ringsted. L’usine d’assemblage de Sorø a été fermée et la plus grande partie de la production de Lauritz Knudsen a été assemblée à Ringsted. L’usine est considérée comme l’une des usines les plus modernes d’Europe.
En 2003, Lexel A/S est devenu partie intégrante de Schneider Electric.
En 2004, l’entreprise a changé son nom de LK A/S à Lauritz Knudsen A/S. Plus tard dans l’année, toute la production a été transférée à Ringsted.
En 2005, Lauritz Knudsen et Schneider Electric Danmark A/S ont fusionné en une seule entité juridique, et Lauritz Knudsen est devenue une division de Schneider Electric Danmark A/S.
En 2007, Schneider Electric et Lauritz Knudsen seront intégrés dans une co-entreprise au Danemark avec une adresse conjointe à Ballerup.
En 2009, Lauritz Knudsen apparaît comme marque de commerce : Lauritz Knudsen par Schneider Electric.
En 2015, Schneider Electric déménage dans un nouveau domicile écologique à Lautrupvang 1, Ballerup. »
(Traduction du site web en danois à partir de la version anglaise du Traducteur Microsoft, révisé par Bordloub.)

SCHERWIN & SCHLUTLER

Cette société de commerce d’instruments horologiques de Copenhague a été enregistrée auprès de la U. S. Trademark and Patent Office le 8 février 1910 avec une marque de commerce graphique représentée par un gros mouton.

SIDUNA A/S –WOODSHORES AB

La marque de montres Siduna existe depuis la fin du 19e siècle. La marque a été nommée d’après Sidon, cette cité phénicienne où ont été inventés l’alphabet et la numérotation décimale. Elle s’appliquait alors à des montres et chronomètres de poche fabriqués à Bienne en Suisse, qui, à l’époque, ont reçu plusieurs médailles lors d’expositions universelles. Mais ce n’est qu’en 1929 qu’elle a été enregistrée à Copenhague, et le 19 février 1946, auprès de la U. S. Trademark and Patent Office. La compagnie a continué à importer des montres-bracelets de Suisse avec sa marque, des usines Titoni, Felca, Montres Sylvan Kocher et Cie ou Bernard Dubois SA, cela jusqu’à la fin des années 1970. En 2016, une nouvelle société, la Woodshores AB, est propriétaire de la marque et distribue à travers le monde les montres de marque Techné et Siduna assemblées dans une usine de Copenhague avec des mouvements importés de Suisse et des pièces (boîtiers, cadrans, aiguilles et bracelets) dessinées au Danemark mais fabriquées ailleurs en Europe et outre-mer.

TELAVOX

En 1924, Clemen Jørgensen, horloger de métier de Silkeborg, fabriquait chez lui des haut-parleurs à cornet qu’il vendait sous la marque Element à travers un grossiste. En 1925, il établit une ligne de montage au centre de Copenhague. Son frère, ébéniste de métier, devient partenaire et les haut-parleurs prennent le nom de Den Nye Danske (le nouveau Danois). Une connaissance de Jørgensen, Peter L. Jensen, fondateur de Magnavox en 1927, et de Jensen Radio Manufacturing Company, lui suggère de prendre le nom de Telavox qui produira aussi des appareils radios. Les horloges apparaissent dans la production de l’usine de Vanløse établie en 1929, parce que les valves utilisées dans les radios deviennent de plus en plus rares au Danemark durant la deuxième guerre mondiale. La production d’horloges commence en 1942 et s’étendra jusqu’en 1952. Plus de 150000 horloges Telavox seront produites réparties dans une dizaine de modèles et quatre types de mouvements. La particularité de ces horloges électriques était qu’elles utilisaient un balancier bimétallique, ce qui les rendait plus précises que bien des horloges sur le marché. À la vente de l’entreprise en 1952, la compagnie a été divisée en deux, radios d’un côté et horloges de l’autre sous le nom de Clementa. Ces horloges étaient électriques. La production s’est poursuivie jusqu’en 1977 sous le nouveau propriétaire. Pour plus de détails techniques, voir les archives d’un blog aujourd’hui inactif : Telavox Blogspot.

Sous-section suivante : 3.07 – L’horlogerie française

Don`t copy text!